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le frai de la truite fario

Publié par ElTofi – 9 avril 2007

compte-rendu de la journée "de frai" à la pisciculture de Morrens (VD, Suisse) en décembre 2005



Article sous licence :

CC by-nc-nd

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Préambule :

En préambule, je tiens à signaler que le contenu de cet article est représentatif des techniques d’alevinage et de frai assisté en Suisse, et sur le canton de Vaud uniquement . Il a été révisé par le président de la pisciculture d’où sont issues les photos.

Il est possible que les techniques et législations soient différentes en France ou ailleurs, particulièrement en ce qui concerne les produits utilisés pour "retaper" les géniteurs...

Cette mise au point étant faite, plongeons-nous dans le coeur du sujet :

Introduction :

Lors d’un précédent article sur les nourritures vivantes pêchées en ruisseau, je vous avais dit que mon paternel était garde-pêche. Il l’est toujours… ce qui m’a permis de participer cette année à un cérémonial particulier : le frai des truites Fario (Salmo trutta fario)

Bien que n’ayant que peu de rapport avec l’aquario, il m’a semblé quand même intéressant de vous présenter le mode de reproduction de ce grand prédateur des cours d’eau européens. Ça vous intéresse ? Alors, on plonge…

Généralités :

La truite Fario européenne est la truite commune des lacs et rivières européens. C’est la seule qui était présente dans nos cours d’eau avant le début des techniques d’alevinage.

La fario peut très fortement varier dans sa taille, son patron de coloration ou son espérance de vie, en fonction de la qualité de l’eau, de l’importance de son biotope et de la quantité et de la qualité de la nourriture. D’une manière générale, les Fario de nos rivières et ruisseaux européens ont une espérance de vie de 4 à 8 ans et atteignent rarement plus de 40 cms. Cependant, les Fario qui colonisent un fleuve ou un lac d’importance peuvent largement dépasser ces dimensions.

Ainsi, une Fario capturée à la pêche électrique à l’âge de 2 ans dans une petite rivière vaudoise mesurait 23 cms pour un poids d’environ 200 gr. Dans le cadre de cette campagne de pêche, cette même Fario a été baguée à la pectorale, déplacée dans le lac Léman avec quelques centaines de congénères. Dix mois plus tard, ce même poisson a été capturé par un pêcheur professionnel au filet au large d’Aubonne, environ 40 kms plus loin que son lieu de largage. Il mesurait alors 53 cms et pesait 3,8 kgs !!!

Les truites « monstrueuses » qui permettent au pêcheur chanceux d’avoir son heure de gloire sont souvent prises soit en lac, soit dans un cours d’eau d’importance, lors de leur remontée pour le frai. Certains de ces poissons peuvent dépasser les 80 cms et peser plus de 10 à 15 kgs. Le record du Lac Léman est une Fario de 120 cms pour 23.3 kgs et âgée de 13 ans (selon la Société Vaudoise des Pêcheurs en Rivière).

La reproduction naturelle :

Une truite fario « sauvage » est mature dès 2 ans et environ 22 cms pour quelques centaines de grammes. Pour frayer, les truites remontent les affluents parfois déjà à fin octobre ; cette montée s’accélère en novembre, pour diminuer en décembre et les derniers individus apparaissent encore début janvier. Pour que la remontée se fasse normalement, il est nécessaire que les rivières soient en crue.

Une femelle pond en plusieurs fois entre 1000 et 2000 ovules par kilo de son propre poids : ils sont orangés et mesurent de 4 à 5 mm de diamètre.

Au naturel, les femelles creusent des frayères à grands renforts de caudale dans le lit de la rivière, sur un fond de sable et de gravier. Le mâle dispose de moins d’une minute pour les féconder. En effet, au contact de l’eau, ils durcissent très rapidement, se rendant imperméables à la semence du mâle. Les œufs fécondés, se perdent au milieu des graviers où les alevins, nés après 6 à 12 semaines d’incubation (en fonction de la température de l’eau, voir ci-dessous), resteront durant le début de leur existence.

La reproduction assistée :

Dans la nature, les biotopes où elle se reproduit existent toujours, mais la civilisation étant ce qu’elle est, ils se réduisent drastiquement d’année en année. C’est pourquoi, partout en Europe, des sociétés locales (souvent de pêche, parfois de protection de l’environnement, et même des organisations gouvernementales) ont dès 1930, pratiqué la reproduction assistée.

Il s’agit d’un élevage optimisé de géniteurs en bassins, alimentés par la rivière ou le ruisseau d’origine du poisson selon un système plus ou moins complexe de conduites, de vannes, de sur verses, d’écluses. Chaque bassin contient un type de population : mâles, femelles, juvéniles, alevins et il est l’objet tout au long de l’année de soins spécifiques n’ayant qu’un seul objectif : obtenir des poissons reproducteurs sains, forts, qui puissent diffuser leurs gênes dans les cours d’eau locaux.

Une truite fario « d’élevage » sera également mature à 2 ans, mais nourrie en bassin et abondamment, sans concurrence alimentaire, ni variation saisonnière, elle fera déjà plus de 35 cms pour un poids dépassant le 1,5 kgs.

La première étape consiste, quelques semaines avant le frai, à séparer les géniteurs des génitrices. En effet, une ponte fécondée dans un bassin de pisciculture n’aurait aucune chance de survie, du fait de la surpopulation et de la prédation des œufs par leurs parents.

Afin d’optimiser au maximum le brassage génétique, des géniteurs « sauvages » sont prélevés à la pêche électrique quelques semaines avant et sont maintenus dans un bassin spécifique en vue du frai assisté. Leur semence sera utilisée conjointement à celle des géniteurs « d’élevage » pour féconder les œufs des femelles.

Le jour du frai, les géniteurs sont prélevés par un système de purge du bassin. Un chenal plus profond canalise les poissons vers la vanne de purge, où ils sont récoltés dans de grandes filoches.

Mâles :

Femelles :

Puis les géniteurs sont triés par sexe et déversés dans de plus petits bacs d’environ 1500 litres, brassés et oxygénés

De là, ils sont prélevés par petits groupes de 3 à 5 et les femelles sont anesthésiées dans une solution d’essence de girofle et d’éthanol, mélangée à l’eau.

La solution les plonge dans une léthargie légère qui permet de les manipuler à la main sans les blesser ou les traumatiser. Les mâles quant à eux ne sont pas anesthésiés, car la manipulation est plus rapide, ce qui ne leur laisse que peu de traces.

Il s’agit ensuite de manipuler les femelles avec le plus grand soin, pour leur presser l’abdomen et en extraire les œufs. Toutes ne sont pas « mûres » et celles-là seront séparées des truites frayées dans un autre bassin.

Alternativement, on fraie 4 à 5 femelles dont on féconde les œufs avec la semence de quelques mâles d’élevage et quelques mâles sauvages.

Il est capital que les œufs ne soient pas mouillés durant la fécondation, car ils deviendraient alors hermétiques à toute fécondation. Ils peuvent cependant rester à l’air libre durant de longues minutes sans subir de dommage. Il est important de veiller également à la différence de température. En effet, sortis d’une eau à 1 °C, ils supporteraient assez mal un choc thermique. C’est pourquoi, en fonction de la température extérieure, le frai se fait directement aux abords des bassins ou alors à l’intérieur, dans une pièce à la température contrôlable.

Une fois les œufs fécondés, ils sont mélangés dans le bac à l’aide d’une plume de cygne ou de héron, ce qui est paradoxal, les hérons étant les plus grands prédateurs (avec les cormorans) des truites en rivière. Le mélange étant fait, on « bétonne » la fécondation en mouillant les œufs fécondés avec l’eau de leur rivière. Ils sont prêts à être transportés à l’écloserie.

Ils y resteront le temps nécessaire à leur éclosion. Si ce temps n’est pas facilement maîtrisable en milieu naturel, il est parfaitement connu en milieu artificiel. La durée d’incubation en milieu contrôlé se compte en degré-jour. Il faut en effet 410 ° jour pour obtenir l’éclosion. Ceci signifie que dans une eau à 6.5 °C, il faut exactement 63 jours pour voir des alevins éclore. C’est la durée standardisée pour un développement optimal en milieu artificiel, contre 45 à 90 jours en milieu naturel.

Une fois les alevins récupérés, ils rejoindront la pisciculture, d’abord en box d’élevage, puis en bassin en fonction de leur taille. Et là, contrairement à nos écailles d’aquarium, il s’agit de les nourrir beaucoup et souvent. L’eau étant renouvelée en permanence par le flux du ruisseau, le problème de la pollution ne se pose pas. Une faune aquatique se développe dans le substrat des bassins (gammares, vers de vase, daphnies, nymphes, etc…), et nombre d’insectes viennent se poser à la surface, mais au vu de la population des bassins, cela nécessite des compléments alimentaires. Surprise, les fournisseurs peuvent être les mêmes que pour nos poissons d’aquarium : SERA, Tetra, etc… Seule la quantité varie…

Mais revenons à nos géniteurs. Une fois frayée, la truite femelle est remise en bac d’attente circulaire durant quelques heures. D’une part, cela permet au poisson de revenir lui et de disperser sous fort brassage et oxygénation, les effets de la solution giroflée ; d’autre part, cela permet de faire subir au poisson un traitement préventif final au vert malachite. En effet, lors des manipulations, aussi prudentes soient-elles, le poisson perd une importante couche de mucus protecteur.

Cette couche joue le même rôle que l’épiderme chez nous, protégeant le poisson des attaques bactériennes ou de certains parasites. Le vert de Malachite permet de détruire les éventuels parasites ou bactéries qui auraient pu se déposer sur le poisson, et stimule la régénération du mucus.

Le mâle frayé, quant à lui, est immédiatement remis dans un bassin d’élevage.

Les farios d’élevage peuvent frayer jusqu’à 5 saisons à suivre. Dans la nature, elles peuvent frayer plus longtemps encore. Cependant, l’objectif prioritaire restant de produire des individus forts et sains, les poissons tardifs ou trop vieux sont relâchés dans différents cours d’eau gérés par la société de pêche et font la joie des pêcheurs en rivière.

img Cette page écrite par ElTofi  pour AquAgora est sous un contrat Creative Commons.

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