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Mon terrarium...

Rédigé par Jean-Olivier LOIZE (joloize) - Publié par joloize – 20 mars 2007

Je pousse la porte du petit magasin d’animaux exotiques où j’aime à passer quelques heures en compagnie du très sympathique patron. Lorsqu’il est un peu débordé, je sers moi-même les clients ou je passe dans l’arrière-boutique pour l’entretien des nombreux animaux en cours d’acclimatation, malades ou un peu trop chétifs pour les présenter aux clients.



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Je pousse la porte du petit magasin d’animaux exotiques où j’aime à passer quelques heures en compagnie du très sympathique patron. Lorsqu’il est un peu débordé, je sers moi-même les clients ou je passe dans l’arrière-boutique pour l’entretien des nombreux animaux en cours d’acclimatation, malades ou un peu trop chétifs pour les présenter aux clients.

Maman n’aime guère me savoir ici, mais je ne peux résister au plaisir de m’occuper un peu de tous ces animaux extraordinaires. J’en conserve plusieurs espèces en divers coins de la maison, mais mon espèce préférée vit dans le grand terrarium de ma chambre. Je m’en occupe de mon mieux, mais ce n’est pas aussi facile que certains le croient. Sans me vanter, et malgré mon jeune âge, je suis devenu une sorte de spécialiste de cette espèce rare et fragile.

Nombreux sont les gens qui me demandent conseils, je leur réponds toujours avec plaisir. Mais si seulement ils savaient combien je doute aux fils des jours du bien-fondé de mes propos ! Car, comme eux, j’apprends chaque jour de nouvelles choses sur leur maintenance, leurs besoins et leurs particularités. Néanmoins, dans ma ville, je suis le premier à en avoir réussi la reproduction ! Et ce n’est pas rien !...

Aujourd’hui le boss est libre, il me sourit en me voyant entrer dans son magasin. Nous échangeons quelques banalités usuelles, mais son visage affiche en permanence un petit sourire presque moqueur, ses yeux pétillent. Pour sûr, il a une surprise à me montrer !... Je ne tiens plus et je lui demande « Tu me caches quelque chose !... ». Il éclate de rire, dévoilant ses grandes dents blanches. « Allons » me répond-il avec malice « Je ne vais pas te faire souffrir plus longtemps... J’ai ce que tu cherches depuis bien des mois !... »

Une immense joie m’envahit et parcoure mon épiderme en milles petites éruptions délicieuses... J’en frémis tout en murmurant, n’osant à peine y croire : « La variété rare ? ». Sans me répondre, il pousse la porte de la remise et me montre le terrarium où trône un couple de ces bestioles. Mes yeux sont rivés sur elles, je ne peux croire ce que je vois, car leur importation est interdite. Ce n’est pas dans mes habitudes, car je suis habituellement d’une attitude réservée, mais je lui saute au cou en l’embrassant tant mon bonheur est immense.

Des milliers de questions me submergent l’esprit en une fraction de seconde. Que vais-je dire à maman, comment les a-t’il obtenu, quels sont leurs besoins propres, peut-on les croiser avec l’espèce courante, sont-ils plus fragiles ou plus robustes, leur faut-il un terrarium à part, où vais-je les mettre, que mangent-ils...

Toutes ces questions arrivent ensemble, sur mes lèvres, dans un charabia incompréhensible. Il sourit de voir mon émotion et répond à mes attentes sans plus tarder : ces animaux n’ont pas été importés illégalement, ils faisaient partie d’un lot prélevé sur l’un des rares territoires autorisés où cette variété s’aventure rarement. Son fournisseur a réussi à réunir un couple homogène et le lui a fait parvenir à mon intention.

On connaît assez mal cette variété, mais il est certain qu’elle n’a pas de particularité alimentaire, peut se croiser avec la variété courante et donner des rejetons qui seront à leur tour fertile, mais on perd alors leurs particularités qui disparaissent en quelques générations seulement. C’est la raison pour laquelle, il est préférable de les garder dans un terrarium spécifique.

On dispose de très peu d’études sérieuses à leur sujet. On est maintenant à peu près certain que ce n’est pas une espèce à part entière, seulement une variété dont les particularités sont probablement dues aux conditions de vie de leur habitat d’origine. Malheureusement leur territoire est très mal connu, et aucune expédition scientifique n’a entrepris de l’explorer avec la rigueur qu’il se doit en pareille circonstance.

Je quitte le magasin en le remerciant chaleureusement. Je préfère rentrer à la maison avant que maman n’arrive. Elle n’apprécie pas du tout ces animaux et elle m’en a déjà écrasé un qui s’était enfui du terrarium. J’en ai sauvé un autre d’extrême justesse, maman s’apprêtait à le tuer avec un grand couteau quand je suis intervenu...

Je prépare rapidement un terrarium aux parois hautes et bien lisses, seul moyen de les conserver sans qu’ils ne s’échappent, car ce sont des champions de l’évasion. Ils sont très astucieux, se servant de la moindre opportunité pour arriver à leur fin, n’hésitant pas à échafauder des plans diaboliques et profiter de la moindre erreur d’inattention de ma part.

Ils apprécient un environnement bien planté, pas trop chauffé, bien aéré, un sol fertile et de nombreuses cachettes. Un peu de nourriture vivante une fois par semaine, quelques fruits ou légumes dont ils se délectent. Dans certains cas, on rapporte des comportements alimentaires plus spécifiques, mais les exemplaires que je possède sont parfaitement omnivore ce qui facilite leur maintenance.

Leur reproduction est lente et se fait naturellement lorsque les conditions d’élevage sont propices. Leur environnement doit être adapté à leurs besoins et j’ai remarqué qu’une élévation de température de quelques degrés assortie d’une nourriture abondante et variée suffisait à aiguiser leur envie de reproduction.

Maman m’appelle pour passer à table. Elle me dit, sans sourciller, que si mes notes en classe ne sont pas satisfaisantes le prochain trimestre, elle se chargerait d’éliminer mes affreuses bestioles dans l’heure qui suivrait. Elle ne plaisante pas, je le sais. Il ne me reste qu’à travailler dur pour conserver mes animaux. D’ailleurs, plus tard, je voudrais être exobiologiste. Que ne ferais-je pas pour observer ces humains dans leur terrarium !...


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Ce texte a été rédigé par Jean-Olivier LOIZE pour AquAgora et mis à disposition sous un contrat Creative Commons.

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