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Les Corydoras, maintenance et reproduction

Publié par Véronique – 20 novembre 2011

par Serge Rubin, Elever et reproduire les Corydoras



Article sous licence :

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Famille : Callichthyidae - Sous-famille : Corydoradinae - Genre : Corydoras

Les Corydoras apparaissent de plus en plus fréquemment dans nos aquariums. Leur présence dans un bac amazonien en compagnie de Loriicaridae séduit aujourd’hui un grand nombre d’aquariophiles. On ne les achète plus « pour faire le ménage » mais parce qu’ils plaisent. Quel beau spectacle, un banc de Corydoras qui se déplace à travers l’aquarium en fouillant le sol en toute jovialité. Plus de 150 espèces ont été décrites scientifiquement, certaines ne sont pas encore reconnues et d’autres sont découvertes régulièrement et portent provisoirement un numéro C ( C153= Corydoras sp.). Pourtant très peu d’espèces différentes sont proposées dans les magasins aquariophiles. Comment expliquer cette situation ? Est-ce par manque d’information, à cause du coût trop élevé, ou les importateurs ressentent-ils une réticence à faire venir de nouvelles espèces ? Il est souvent très complexe de trouver des informations fiables sur l’écosystème où évolue le poisson. Pour un grand nombre d’entre eux la maintenance n’est pas plus complexe que pour les classiques C. paleatus et C.aeneus. La reproduction par contre peut s’avérer plus délicate.

Choix et achat des poissons

J’achète toujours mes Corydoras , soit dans un magasin de confiance, soit chez un éleveur que je connais pour son sérieux. Ne prenez jamais des poissons qui ont une taille inférieure à 3 cm. L’expérience m’a prouvé que des poissons trop petits sont encore fragiles, ce qui entraîne inévitablement des pertes. Soyez toujours attentifs à l’état de santé des poissons. Un Corydoras en bonne santé a des barbillons longs et non abîmés. Les nageoires ne doivent pas être effilochées. Il n’est pas amaigri et se montre dans toute sa splendeur. On trouve régulièrement des Corydoras issus de reproductions avec une colonne vertébrale déformée vers l’arrière du corps. Cette déformation est transmissible. Si un seul des poissons dans le bac de vente présente un de ces défauts je n’en achète pas. Les espèces disponibles dans la plupart des magasins se limitent à 4 ou 5. Les C. adolfoi, C. duplicareus, C. burgessi, C. davidsandsi, C. habrosus, C. melini ou d’autres encore sont un peu plus difficiles à trouver. Et si vraiment je veux une espèce très particulière, j’opte souvent pour une commande spéciale. Je ne parlerais pas des poissons génétiquement modifiés ou artificiellement colorés qui n’ont aucun intérêt à mon avis, mais qui suscitent paradoxalement un réel engouement de la part des acheteurs.

Combien acheter ?

Ces poissons étant grégaires, on conseille souvent d’acquérir un groupe de 6 pour un aquarium de 96 litres. Les Corydoras ne sont guère territoriaux et un aquariophile confirmé peut maintenir un groupe supérieur à 6 poissons. On peut observer que les poissons seront moins stressés et plus actifs s’ils forment un banc important en nombre. La qualité de l’eau est toutefois déterminante et il serait souhaitable de remplacer au moins un tiers du volume d’eau par semaine.

Quelques exemples :

Bac de 54 litres :
- 10 à 12 poissons ne dépassant pas 3 cm (C.hastatus, C. habrosus, C. pygmaeus)
- 5 à 6 poissons ne dépassant pas 5 cm (C. panda, C. similis) Bac de 96 litres
- 10 à 12 poissons ne dépassant pas 5 cm
- 6 à 10 poissons ne dépassant pas 7 cm (C. caudimaculatus, C. schwarzi, C. sterbai, C. weitzmani, C. loxozonus)

Et pour des poissons atteignant une taille maximale de 7 cm (ils grandissent toute leur vie), je préconise un bac de 120 litres minimum pour 6 Corydoras. Dans un bac d’une contenance comprise entre 600 et 800 litres, un banc de 30 Corydoras sterbai sera du plus bel effet.

Quelle espèce choisir ?

Les Corydoras sont originaires des rivières d’Amérique du Sud. Ils ne conviennent donc pas pour des aquariums de cichlidés africains ou des bacs de type asiatique. Ils vivent dans une eau douce dont les paramètres dépendent du lieu géographique et de la saison (pH moins que 4 jusqu’à 7,5, conductivité jusqu’à 200 micro siemens, température entre 22 et 28 degrés). Un grand nombre d’entre eux sera à l’aise dans une eau entre 23 et 26 degrés. Un nombre plus restreint le sera entre 27 et 30. Il est préférable de prendre des Corydoras de la même espèce. Pour des bacs de grand volume un mélange peut être envisagé.

Pour un bac à 25 degrés (bac à Ptérophyllum scalare ou certains Apistogramma), quelques Corydoras , tels que : C. davidsandsi, C. hastataus, C. panda, C. schwarzi, C. sychri, C. trilineatus, peuvent être envisagés.

Dans un bac à 28 degrés (bac à Symphysodon discus), quelques Corydoras tels que : C.adolfoi, C.burgessi , C. seussi, C. sterbai, peuvent être introduits.

Maintenance des Corydoras

Les Corydoras apprécient un léger courant dans l’aquarium. Des plantes racines et roches diverses leur serviront d’abris lors de leurs périodes de repos. Par contre une surface assez importante vers l’avant de l’aquarium doit être dépourvue de toute cachette. C’est dans cette zone que vous allez les nourrir. Le banc complet pourra ainsi être contemplé lorsqu’il recherchera de la nourriture et perdra normalement la timidité observée au moment de l’introduction dans l’aquarium. Si malgré cela ils restent craintifs un ré agencement du bac ou l’ajout d’autres Corydoras de la même espèce, voire un banc d’une autre espèce, pourra les rendre beaucoup moins timides. Le sol sera recouvert d’une couche de sable ou de gravier naturel. Je ne crois pas qu’un gravier non ébavuré puisse endommager les barbillons des poissons (je n’ai jamais eu un Corydoras avec des barbillons abîmés). On pourrait plutôt incriminer l’importante colonisation bactérienne au niveau de la surface du sol due à une mauvaise maintenance du bac. Le sable ou gravier coloré est à éviter. La colonisation bactérienne sur ce genre de sol est encore beaucoup plus importante. Les Corydoras mangent de tout. Ils ne se contentent pas des restes laissés par les autres occupants du bac. Il leur faut une nourriture spécifique. Pastilles de fond, nourriture congelée et vivante seront appréciées. Si la concurrence alimentaire est trop forte en leur défaveur on leur distribue le repas le soir juste avant l’extinction des lumières.

Reproduction des Corydoras

Tout aquariophile qui maintient dans des conditions convenables des C. aeneus ou C. paleatus a eu le plaisir de découvrir un jour des œufs collés par petits paquets sur les vitres du bac ou un autre support de ponte. Cette reproduction n’est pas très complexe. En outre, elle est facilitée par le fait que les géniteurs ont évolués par rapport à l’espèce sauvage. Un changement d’eau ou une dépression atmosphérique peut suffire à provoquer la ponte. Pour les autres espèces, ce n’est pas toujours aussi simple. Pour un certain nombre d’entre elles la reproduction n’a pas encore abouti. L’incapacité d’ identifier avec précision l’écosystème où évoluent ces poissons augmente la difficulté. C’est donc grâce aux expériences d’éleveurs ( je m’inspire tout particulièrement d’éleveurs allemands ) ou par rapport à l’échec ou à la réussite de ses propres tentatives que l’on progresse. Je vais prendre comme exemple la reproduction du C. panda et du C. Sterbai, des poissons que j’ai régulièrement reproduits. Les protocoles de stimulation qui diffèrent pour ces 2 espèces pourront s’appliquer à un grand nombre de Corydoras . Faire pondre ces 2 Callichthyidae ne relève pas de l’exploit et sera à la portée de l’aquariophile averti.

Corydoras panda

Nijssen & Isbrücker, 1971 Perou, système Rio-Ucayali Taille : 5 cm

Les Corydoras panda vivent dans des petites rivières ombragées dans la jungle. Les paramètres de l’eau sont stables et la température varie très peu (21 à 24 degrés) durant toute l’année. J’ai acquis un petit groupe de 3 mâles et 2 femelles en septembre 2004. Les femelles sont un peu plus grandes et ont des formes plus arrondies que les mâles. Les mâles ont les nageoires pelviennes et la dorsale plus pointues ( ce qui est difficile à percevoir). Ce dimorphisme sexuel caractérise tous les Corydoras. Ces poissons ont été placés durant 2 mois dans un aquarium communautaire de 96 litres avec des Ancistrus gold, des Paracheirodon axelrodi (cardinalis) et des Hypancistrus sp. L260. Je pense qu’ils avaient régulièrement pondu mais que les cardinalis n’avaient fait qu’une bouchée des œufs. Ils ont ensuite été transférés dans bac spécifique de 54 litres destiné à la reproduction. La température de l’eau était réglée à 24 degrés. L’agencement de ce bac était réduit au strict minimum : un filtre à exhausteur, très peu d’éclairage, du sable de Loire, 2 petits demi pots de fleurs et de la mousse de java. Je changeais 30 pour cent de l’eau par semaine. Je les nourrissais quotidiennement soit d’une pastille de fond, soit de nourriture congelée ou vivante (2 à 3 fois par semaine). Cinq jours après le transfert je récupérais les 6 premiers œufs dans la mousse de java. Les œufs de Corydoras panda ont un diamètre de 2 mm et sont donc grands pour des poissons d’une taille aussi modeste. L’incubation jusqu’à l’éclosion des œufs et l’élevage des alevins ne posent aucun problème particulier pour ce poisson. Tous les 4 à 5 jours je récupérais entre 5 et 10 œufs dans la mousse de java ou sous la masse filtrante mais jamais sur une des vitres du bac. Au bout de 6 semaines, j’avais environ 60 Corydoras panda juvéniles d’une longueur comprise entre 6 et 15 mm. Les alevins grandissaient relativement vite. Le nombre d’œufs récupérés diminuait régulièrement et après 3 mois de ponte les récoltes étaient devenues très aléatoires. Je soupçonnais fortement que mon groupe reproducteur mangeait les oeufs. J’ôtais donc la mousse de java du bac pour la remplacer par un mop. Un mop est un écheveau de laine synthétique suspendu à un flotteur que tous les killiphiles connaissent bien. A ma grande surprise, quelques jours plus tard ce ne sont pas 10 œufs que je récupérais mais 40 ! Les Corydoras panda mangeaient donc bien une grande partie de la ponte. Quelques mois plus tard, j’avais une grande quantité de juvéniles. J’ai réduit la quantité de nourriture et progressivement ils pondaient moins, jusqu’à faire (enfin) une pause. Ils avaient toujours pondu la nuit et les œufs étaient toujours répartis de façon aléatoire dans le mop. Les Corydoras qui vivent dans un milieu où les conditions climatiques varient très peu durant l’année pondent presque tous les 10 jours (pause de quelques mois) une petite quantité d’œufs. Une stimulation particulière n’est pas nécessaire, une bonne maintenance, un changement d’eau ou une dépression atmosphérique suffisent souvent pour déclencher la ponte.

Corydoras sterbai

Knaack, 1962 Brésil, Rio Guaropé Taille : 7 cm

Les Corydoras sterbai vivent dans des rivières à débit important qui sont exposées au soleil. La température de l’eau varie de ce fait entre 26 et 31 degrés. Pendant la saison des pluies le niveau d’eau est beaucoup plus élevé qu’en saison sèche. C’est pendant cette saison que les Corydoras sterbai se reproduisent.

J’ai acquis un groupe de 6 Corydoras sterbai en décembre 2004. La patience étant une des qualités premières d’un aquariophile, je ne les ai pas stimulés pour la reproduction durant 10 mois. J’ai donc simulé une période de sécheresse.
- peu de nourriture, 3 à 4 pastilles de fond par semaine et quelques artémias de temps en temps
- température de l’eau à 28 degrés
- peu de changement d’eau (nitrates entre 50 et 100 mg/litre)
- pratiquement pas de courant

En octobre 2005, j’ai transféré les poissons dans un bac de 54 litres destiné à la reproduction. Une Echinodorus bleheri était l’unique plante de ce bac. Du sable foncé et des morceaux de pots de fleurs cassés complétaient l’agencement de cet aquarium. La filtration était réalisée avec une petite pompe interne. Pas d’éclairage spécifique, la lumière du jour suffisait amplement. J’ai ensuite simulé une saison des pluies :
- nourriture riche, 4 à 5 fois du congelé ou vivant par semaine (artémias, vers de vase, tubifex), les autres jours une pastille de fond
- température 26 degrés
- beaucoup de changement d’eau pour maintenir les nitrates sous 50 mg/litre
- du courant dans le bac grâce au filtre interne Cette simulation de la saison des pluies permet de mettre le processus de ponte des Corydoras en route. Ce n’est pas au bout de quelques jours qu’ils vont commencer à parader. Il faut un certain temps jusqu’à ce que les femelles deviennent gravides. Quand elles sont bien arrondies, je procède à des grands changements d’eau (40 pour cent avec une eau à 18 degrés) 2 à 3 fois par semaine. Généralement la ponte ne tarde pas. Tous les mâles commencent à parader autour de la femelle choisie. Celle-ci ne va pas résister longtemps et la ponte commence. Tous les mâles y participent de façon plus ou moins active. 2 heures plus tard, des œufs d’un diamètre de 1,5 mm sont collés partout par petits paquets dans le bac. Mes Corydoras sterbai se reproduisaient surtout en fin de matinée en moyenne tous les semaines. Ils pondaient entre 50 et 150 œufs et 3 mois plus tard j’avais des jeunes Corydoras sterbai qui étaient presque en surpopulation dans mes bacs de grossissement . Une nouvelle fois j’ai simulé une saison de sécheresse et les poissons ont progressivement arrêté de pondre. Les Corydoras qui vivent au rythme des 2 saisons ne se reproduisent que durant quelques mois par an. Une femelle peut pondre toutes les 2 à 3 semaines une quantité importante d’œufs. Il faut une vraie simulation de la saison des pluies durant plusieurs semaines pour provoquer la reproduction. Brèves de Corydoras

C’est suite à mon expérience en reproduction de Corydoras et aux nombreuses discussions avec Kurt Mack ( un éleveur allemand réputé) et Yann Fulliquet sur ce sujet que j’ai pu découvrir et vérifier certains points importants qui concernent ces magnifiques poissons.

Il faut simuler une saison sèche (pour les Corydoras vivant au rythme des saisons) non seulement pour espérer une ponte mais pour qu’ils vivent longtemps ( jusqu’à 10 à 15 ans et non 5 à 7 comme on le lit souvent). S’ils se reproduisent en continu toute l‘année ils vont mourir prématurément . Ceux qui ne pondent pas beaucoup d’œufs doivent aussi être bloqués quelques mois. Le passage de la saison des pluies à la saison sèche doit être fait en douceur. S’il est trop brutal les poissons sont fragilisés et sensibles aux maladies

En simulation de la saison des pluies les grands changements d’eau à l’eau froide sont très efficaces pour provoquer une ponte lors d’une dépression atmosphérique qui est survenu en douceur après une période de haute pression.

Je simule généralement la saison des pluies à partir d’octobre et jusqu’en mars. Non pas parce ce que cette période correspond à la saison des pluies des Corydoras dans leur région d’origine, mais parce que les conditions atmosphériques chez nous sont propices pour provoquer des pontes.

Après une ponte dans l’aquarium communautaire, des œufs peuvent éclore et des alevins survivre et grandir à condition qu’il y ait assez de cachettes dans le bac et peu de prédation. Les adultes ne mangent généralement pas les oeufs. Mais au bout de quelques pontes ils vont commencer à les apprécier. Ceci est à éviter, si par la suite on veut de nouveau réussir des reproductions.

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