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La quarantaine

Rédigé par Serge Rubin - Publié par Véronique – 23 novembre 2009

Article sous licence :

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Un long voyage

Un petit vers , une larve de mouche, quel délice ! La vie est belle, j’adore nager dans les forts courants de cette eau très foncée, oxygénée et chaude. Je m’accroche de pierre en pierre avec ma bouche qui me sert de ventouse. Assez joué, c’est l’heure des cours de biologie. Bactérie, système immunitaire ? Je commence à comprendre. Il y a fort longtemps, j’avais une maladie dont la cause était une de ces petites bestioles appelée bactérie. J’ai fait face et aujourd’hui mon système immunitaire fonctionne à merveille face au peu de bactéries différentes qu’il y a dans mon écosystème. Les premiers rayons de soleil percent l’eau tumultueuse. Vite, sous ma racine avant que toutes les places ne soient prises. Qu’est ce qui se passe ? Tout bouge, nous sommes hors de l’eau, je tombe avec mes camarades dans un grand récipient. J’ai cru voir un de ces étranges personnages qu’on appelle humain. Ma liberté est-elle terminée ?

Durant des jours et des jours, je suis, avec beaucoup d’autres poissons, enfermé dans le noir avec peu d’eau, peu d’oxygène et sans nourriture. Je commence à devenir faible, l’odeur est vraiment désagréable. Enfin on me place dans un endroit un peu plus grand et plus éclairé. J ’ai eu de la chance parce que pas mal de mes copains de voyage sont morts.

Et là l’horreur ! Des colonies de bactéries de toutes les formes sont présentes. On dirait qu’elles viennent des cours d’eau du monde entier. Elles ne ressemblent vraiment pas à celles de ma chère rivière amazonienne. Je ne sais pas comment faire pour y résister, c’est très dur mais il faut que j’y arrive. Heureusement qu’on commence à me nourrir avec des drôles de rondelles de toutes les couleurs. Ce n’est pas très bon mais il faut survivre. J’ai bien compris que le bonheur c’est fini maintenant et que je ne rentrerai plus jamais chez moi. Je suis triste et des larmes coulent le long de mes joues ( un poisson pleure aussi, même si les humains ne le savent pas). Beaucoup de mes camarades perdent la vie, il faut que je m’accroche. Je suis d’une nature solide et j’ai vite appris à me protéger contre ces agressions. Je reprends doucement des forces.

Quelques semaines après, on me transfère avec d’autres survivants dans un endroit bien éclairé. Il y a déjà des poissons bien étranges dans cet environnement si étroit. Ils ne parlent pas du tout le même langage que moi. Je dois de nouveau faire face aux attaques de bactéries inconnues qui ont certainement été apportées par mes nouveaux camarades. C’est l’horreur, chaque fois que je change d’endroit ces bestioles se multiplient presque instantanément de façon exponentielle (il est bien loin le temps où je faisais des mathématiques dans ma tranquille rivière amazonienne). Des camarades n’arrivent pas à faire face et meurent. Toute la journée il y a des humains qui défilent devant moi et me contemplent de tous les côtés. Serai-je devenu une attraction ? Ca fait à peine 2 semaines que je suis là et je me fais encore sortir de mon nouveau milieu avec les 4 copains survivants qui ont fait route avec moi depuis le début.

Qu’est ce qu’on est à l’étroit dans ce petit sachet. Heureusement que ce voyage se termine très vite. J’ai peur de ce qui va m’arriver. Est-ce qu’on va encore me mélanger avec d’autres poissons qui ont sur eux ces bestioles tueuses du monde entier que j’ai aussi sur moi maintenant (mais ce ne sont pas les mêmes) ?

Surprise ! Ca va un peu mieux, on nous place, mes copains et moi, dans une cuve que les humains appellent un aquarium et ceci en douceur durant quelques heures. J’ai su par la suite que ce transfert s’est fait par une méthode nommée goutte à goutte. Je suis toujours assez maigre et des bactéries encore inconnues pour moi, bien que beaucoup moins nombreuses que d’habitude, nous agressent. Quand ceci cessera t-il ? Un de mes copains y laisse sa vie. Je pense que si on me change encore d’endroit ce sera aussi la fin pour moi. Triste de mourir si jeune et si loin de chez soi.

Heureusement que nous sommes les seuls poissons dans cet aquarium parce que toute rencontre préalable avec d’autres poissons aurait été fatale pour des camarades de ma rivière ainsi que pour ces nouveaux copains d’un autre continent.

On est nourri régulièrement avec des larves raides qui tombent du ciel. Elles ont presque le même goût que celles que je chassais du temps du bonheur. On reprend des forces et ça va beaucoup mieux. D’ailleurs on n’est pas seul ici, il y plein d’autres poissons dans d’autres aquariums.

Ca fait bien 4 semaines que nous sommes au même endroit. La vie est redevenue moins triste bien qu’on soit vraiment à l’étroit. Les poissons juste à côté de nous ont beaucoup plus de place pour nager et leur bac me fait vaguement penser à ma chère rivière.

Mais que se passe-t-il ? On ôte tous les jours 1 à 2 litres d’eau de notre bac qu’on verse dans le bac à côté. Et le même volume d’eau du bac d’à côté est versé chez nous tous les jours. Ca fait encore des bactéries en plus mais on est fort, elles ne sont pas toutes apportées en une fois et on sait faire face. Ce ne sont pas des attaques virulentes qu’on a connues. Mais pourquoi cet humain fait-il celà. ?

Au bout de 10 jours, c’est l’horreur ! on est encore pêchés pour être mis je ne sais où. Ouf, grand soulagement, c’est juste dans le bac à côté et encore avec cette méthode de goutte à goutte. Mais là, c’est de la rigolade, l’eau est exactement pareille que la nôtre et nous n’avons aucun problème. Ce goutte à goutte n’était pas nécessaire. C’est seulement maintenant que je comprends pourquoi on recevait tous les jours un peu d’eau du bac à côté .

Tous mes nouveaux camarades n’ont aucun problème non plus puisqu’ils ont aussi été habitués à mes bactéries en douceur. Ils m’ont expliqué que mes 3 chers amis (c’est dans les souffrance que les liens se créent) et moi-même étions dans un aquarium de quarantaine avant de venir les rejoindre.

C’est ici que se termine mon long voyage, j’ai retrouvé des nouveaux amis qui parlent le même langage que moi et il y même une petite ancistrussette qui me fait les yeux doux. Je vis maintenant depuis plusieurs mois dans ce même aquarium et je suis en grande forme. Il y a des racines, du courant et des grottes comme dans ma rivière lointaine. A croire qu’il y a un humain qui nous veut du bien ! J’ai peu d’espace de nage, j’ai dompté les bactéries qui sont des milliers de fois plus nombreuses que dans mon eau noire mais je ne me plains pas trop parce que je suis un des seuls survivants de ce long voyage (j’ai quand même des grands moments de détresse mais je m’y fais). D’ailleurs je vais vite aller dans ma grotte parce que j’ai l’impression qu’une visite ne saura tarder. La vie est ( presque ) redevenue belle.

Serge Rubin pour Aquagora

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