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La punaise...

Rédigé par Jean-Olivier LOIZE (joloize) - Publié par joloize – 20 mars 2007

Accrocher le poster, tout en couleurs, des principales espèces que nous pouvons héberger dans nos aquariums est une dangereuse mission pleine de surprises.



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Accrocher le poster, tout en couleurs, des principales espèces que nous pouvons héberger dans nos aquariums est une dangereuse mission pleine de surprise.

Faire tenir le poster muni d’un fin cordon est du ressort d’une banale punaise. Oui, mais voilà, une punaise est ce petit objet qui remplit, avec une mauvaise volonté certaine, le rôle initialement attribué.

Tout commence lorsque, d’une main mal assurée, craignant déjà le combat inégal qui s’annonce, la boîte à punaises s’ouvre brutalement dans un paroxysme de mauvais aloi. Les punaises, enfin libérées, s’envolent rapidement vers d’autres cieux. Heureusement, Dame Gravité veille au grain et s’empresse de ramener tout ce petit monde au niveau du sol, dans une joyeuse confusion que vous appréciez à sa juste valeur.

En proférant quelques réflexions salaces concernant l’humanité et ses modestes travers, vous vous assurez que vos proches s’éloignent bien vite de la zone infestée, pour se réfugier dans un périmètre de sécurité, qui, nécessairement, vous paraît encore trop proche du lieu du crash.

Les punaises en goguette sont hâtivement regroupées et replacées dans leur étui originel, fort peu original par ailleurs. Vous demeurez confiant, les éventuelles retardataires seront bien vite récupérées par les petits petons pantouflonnés de votre entourage.

La punaise, dans une première tentative emplie d’espoir raisonné, ripe sur le mur crépi en arrachant quelques précieux centimètres carrés de votre peau de velours, si douce et si chaleureuse. Vous restez de marbre devant cette infime déconvenue, votre jour de gloire est en marche et rien ne saurait arrêter son cours.

Tombant à terre, terrorisée par votre détermination, la punaise se cache bien vite dans une rainure, sous un meuble ou contre le pied d’une chaise, en roulant le plus loin possible, sans bruit. Sournois objet de déplaisir, elle ressent avec fierté cette sourde haine que vous lui adressez car l’Immonde se nourrit de mépris !

Avec moult précautions, vous prélevez une cousine germaine de son écrin "tout-en-plastique". Vous la positionnez très exactement à l’endroit précis que vous avez choisi après concertation avec votre famille et, avec une confiance inébranlable, vous appuyez fermement sur l’objet qui saute comme par enchantement.

Parcourant une trajectoire en hyperbole quasiment parfaite, la punaise rebondit sur une étagère, roule sur quelques centimètres en équilibre et tombe sur l’aquarium heureusement couvert. Un dernier rebond, et un "plic" plus tard, la punaise coule à pic entre les poissons qui s’esclaffent.

« Si ce n’est toi, ce sera donc ta sœur ! ». Aussitôt vous replongez la main dans la boîte à piquant, et la ressortez avec une brève plainte de douleur aussitôt contenue. Surprise ! Votre belle papatte est coiffée d’un petit chapeau doré. Ô joie, une punaise !

Délicatement extraite de votre impérial index, le petit chapeau est aussitôt remplacé par un élégant béret rouge qui se transforme, sous vos yeux embués d’un désarroi certain, en une magnifique écharpe écarlate du plus bel effet sur la gent féminine. Celle-ci accoure aussitôt aux pieds du grand blessé avec force sparadrap, antiseptique, piqûre antitétanique et les douze tomes reliés du parfait petit secouriste amateur.

Écartant, d’un geste patient et auguste, la foule admirative devant une telle abnégation, une telle maîtrise de soi, un tel courage face à l’adversité, vous suscitez l’admiration et vous le savez. Sûr de vous, vous remettez à “un-soupçon-plus-tard”, le temps de vous adonner aux délices de l’abandon de votre corps, si bien charpenté, entre les mains expertes de ces adorables infirmières en pâmoison.

Enfin maîtrisée, la sournoise punaise est, derechef, élégamment présentée devant le poster à fixer et, d’un geste négligemment vengeur vous écrasez d’un pouce vaillant la collerette dorée dans un mouvement à la fois gracieux, lent et terriblement puissant. Une longue et lente plainte se fait ouïr quelques milliardièmes de secondes plus tard. L’Infâme s’est séparée brutalement, le mot n’est pas trop fort, de son chapeau jusqu’à présent pourtant bien serti.

Aux grands maux, les grands remèdes. Savamment obstiné, vous décidez d’utiliser l’ultime recours à la force brutale du Mâle et de son Génie inventif. De votre caisse à outils ultra-complète, vous sortez l’arme absolue. Les regards pétrifiés et les petits cris effarés qui s’ensuivent, ne vous détournent nullement du seul objectif guidant votre action déterminée : PLANTER LA PUNAISE.

De fait, la dernière punaise encore en activité est sommairement aplatie au maillet de 75 mm sans recul.

Paf ! La chose est entendue. Un lourd regard courroucé fait taire immédiatement la remarque féminine inévitable qui susurre : « Un peu plus haut, c’est pas posssss… ». Le reste de la phrase se noyant dans un borborygme chuintant, d’autant que l’Arme brandie, encore fumante, inspire naturellement le respect…


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Ce texte a été rédigé par Jean-Olivier LOIZE pour AquAgora et mis à disposition sous un contrat Creative Commons.

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