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Hypancistrus zebra, la repro

Publié par ElTofi – 30 mars 2007

Expériences de repros entre 2004 et 2006. Les bases citées ci-dessous sont celles observées et expérimentées par l’auteur entre octobre 2003 et octobre 2006 sur une population de 9 Hz. Ce cheptel s’est reproduit à de nombreuses reprises.



Article sous licence :

CC by-nc-nd

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On a longtemps dit que la reproduction de Hypancistrus zébra était difficile. Pourtant, ces dernières années, on rencontre de plus en plus de rapports de reproduction, en Allemagne, en Ecosse, aux Etats-Unis... bref, c’est possible...

Comme tous les autres poissons que l’on tente de reproduire, il faut bien sûr lui mettre toutes les chances de son côté, particulièrement au niveau des conditions d’eau et de nourrissage, sur lesquelles je reviendrai plus tard.

En fait, il semble que la première condition à remplir, et peut-être la seule vraie contrainte dans la repro, est d’avoir suffisamment d’individus pour constituer une colonie, et de plus, le bon sex-ratio... Avec le moratoire brésilien interdisant la pêche de ce poisson et les prix ahurissant qu’atteint le poisson sur le marché, cette première condition est souvent un obstacle de taille.

En effet, Hypancistrus zebra est un pondeur en colonie, et ceci à toute son importance. Vous devez avoir au moins 2 mâles pour une femelle, afin qu’une hiérarchie puisse s’établir. Une femelle gravide choisira toujours le mâle dominant pour déposer ses oeufs.

J’ai pu constater dans ma population que même si une ponte est déjà surveillée par le mâle alpha et que le mâle beta est visiblement prêt à accueillir une femelle sur son propre territoire juxtaposé, les femelles lui préfèrent toujours, le mâle alpha...

Mais revenons aux conditions idéales favorisant la ponte. Les déclencheurs sont similaires à de nombreuses espèces du bassin amazonien. En plus du nombre d’individus et de la hierarchie, on peut mettre en avant au moins 4 autres points capitaux :

1. la nourriture On l’a déjà vu, Hypancistrus zebra est carnivore. Il lui faut une nourriture variée et riche en protéines pour pouvoir produire des gamètes mâle ou femelle. Cet élément peut être conjugué avec d’autres pour déclencher une ponte.

2. le courant

Hz étant issu d’un milieu très oxygéné, il est nécessaire de reproduire ce fort courant dans le bac. Personnellement pour 100 litres utiles, je dispose d’un brassage total de 1900 l/h (voir détails dans article Hz maintenance).

Plus encore que le courant, il paraît important d’orienter les caches ou les tubes de ponte. Idéalement, l’entrée de cache doit être perpendiculaire au courant, ou légèrement de 3 quarts avant, de sorte que quelques remous puissent se créer dans la cache (oxygénation) sans emporter la ponte.

3. les caches de ponte La taille des caches de pontes, qu’elles soient constituées de failles rocheuses ou de tubes en terre cuite ou en pvc, est capitale. Il est primordial que le poisson s’y sente en sécurité. Pour ce faire, il lui faut des "grottes" à une seule issue, qu’il puisse barrer de son corps. J’ai constaté qu’une cache trop large était souvent boudée pour une cache plus étroite où le mâle puisse s’engouffrer et s’arrimer en écartant ses nageoires.

4. le changement de saison simulé Une simulation de changement de saison stimule véritablement Hz. Indépendamment de la saison réelle, on peut recréer ce changement de la manière suivant. Lors d’un changement d’eau, faites baisser la température de plusieurs degrés en 24 heures par un arrêt du chauffage. Par exemple, on peut laisser chuter la température de 28 ° température de maintenance, à 22 ° température ambiante dans un appartement. On laissera le bac tel quel durant 5 jours, en diminuant drastiquement les distributions et la variété de nourriture. Après ces 5 jours, on remontera la température par palier de 1° par jour jusqu’à atteindre 30°. La quantité et la variété de la nourriture augmenteront simultanément. Il va de soit que durant cette simulation, vous ne ferez plus de changement d’eau, soit un total d’environ 15 jours.

Si la première ponte peut être longue à venir, une femelle gravide, dans de bonnes conditions, posera une ponte toutes les 4-5 semaines. Cette information est cruciale dans le choix de votre population. Etant donné que seul le mâle dominant est sollicité, il ne faut pas qu’il ait plus de 2 femelles, sans quoi il pourrait se tuer à la tâche.

Mon mâle dominant est actuellement en cycle de ponte et d’élevage sans interruption depuis le mois d’avril, à raison d’une ponte toutes les 1 à 3 semaines. En effet, chacune des 3 femelles le harcèle sitôt la ponte précédente éclose. Il n’est plus rare que mon mâle ait une ponte éclose, une ponte en cours de ventilation dans le tube et une 2ème femelle gravide et prête à l’entrée du tube...

Ceci a plusieurs conséquences. D’une part, le mâle, ne pouvant plus sortir se nourrir, consomme régulièrement une partie de la ponte non éclose, d’autre part, il diminue la qualité des soins aux oeufs, ce qui provoque une plus grande mortalité des larves.

La repro, déroulement normal

Nous avons donc une petite colonie de Hypancistrus zebra, idéalement constituée de 2 mâles et d’une, maximum 2 femelles qui ont toutes les bonnes conditions pour assouvir leurs plus basiques instincts... Que va-t-il donc se passer ?

Le mâle va tout d’abord choisir un tube où il puisse se tenir dorsale déployée et dont il puisse boucher l’entrée par son corps. Lorsqu’une femelle gravide va être prête, le mâle choisira sa cavité et s’y introduira pour la nettoyer. Il videra le tube de tout substrat indésirable à l’aide de ses nageoires par reptation.

Une fois la cavité propre, le mâle simule la ventilation d’une pseudo ponte par ses nageoires. Les pectorales s’agitent verticalement, l’une après l’autre. Le mouvement est repris simultanément par les ventrales. Pectorale droite en même temps que ventrale gauche et inversement. De cette manière, il génère un léger courant constant qui entraîne toutes les matières en suspension à l’extérieur de la cavité. Certains pensent que des hormones sont également diffusées à ce moment, attirant la femelle à proximité du site de ponte. La femelle reste à l’entrée du tube, jusqu’à ce que le mâle l’accueil. Il laisse la femelle pénétrer dans le tube, la suit et la bloque ensuite par son corps. Il s’arrime dans le tube en déployant ses pectorales et sa dorsale.

Il stimule ensuite la femelle en produisant de légers tremblements avec l’ensemble de son corps, durant de très courtes séquences répétées. La femelle y répond au bout d’un moment en produisant le même tremblement. Ce comportement nuptial peut durer jusqu’à 4 jours, durant lesquels le couple ne sortira pas du tube.

En fonction de l’environnement, la femelle est plus ou moins prolifique. Elle dépose une grappe d’oeufs au fond de la cache. Dans d’excellentes conditions, elle pond plus d’oeufs, mais plus petits, jusqu’à 18 oeufs (plus grosse ponte obtenue chez moi). Dans de moins bonnes conditions, la grappe ne compte que quelques oeufs, mais plus robustes.

Une fois la ponte faite, le mâle chasse la femelle et reste seul dans la cavité. Il ventile les oeufs et les retournes à l’aide de sa bouche presque en permanence. Les oeufs, adhérents entre eux, mais pas au substrat, sont très résistants et le père n’hésite pas à les manipuler contre les parois de la cavité. Il couve la grappe de son corps, rendant toute observation très difficile. L’incubation dure entre 4 et 7 jours.

Même après l’éclosion, le mâle garde les larves, les ventile, les nettoie. Un jeune mâle manquant d’expérience, peut laisser échapper quelques larves dans le flux de sa ventilation. Ces dernières n’ont que peu de chances de survie. En effet, les larves, encombrées par leur énorme sac vitellin, ne peuvent absolument pas se déplacer sur le substrat irrégulier d’un bac durant leurs premiers jours, devenant des proies faciles pour tout prédateur, même aussi petit qu’un escargot.

3 options se présentent :

1. laisser faire...

Assumer le fait de perdre le 90 % de la ponte sur les premières pontes jusqu’à ce que le jeune mâle soit efficace. Quelques jeunes s’en sortent, mais la sélection naturelle est rude...

2. prélever les larves sitôt écloses, à l’aide d’une paille ou d’une pipette et les déposer dans un pondoir dans le même bac. Ou bien vider le tube directement dans le pondoir. Cette solution est brusque pour les larves, et même avec l’habitude, cela perturbe le mâle qui cherche durant quelques heures ses larves.

L’avantage est qu’une autre femelle peut rapidement venir remplacer la "perte" de cette ponte. Mais c’est brutal.

3. monter un bac "sol nu" et laisser faire la nature... c’est relativement efficace, mais le problème se pose ensuite de nourrir et de récupérer les juvéniles dès la résorption du vitellin...

Pas de solutions, que des expériences...

croissance et élevage

Les oeufs passent très rapidement au stade de larves, puis, d’alevins. Durant les 2 premières semaines, l’alevin prend chaque jour 1 mm. Vient ensuite une phase critique où il finit de résorber son vitellin et commence à se nourrir seul, dans le courant de la 3ème semaine. Aux alentours du 18 ème jour, le système digestif est fonctionnel et l’alevin commence à produire des excréments. Il va légèrement ralentir son développement jusqu’à mesure 20 mm après 3 semaines, puis 23 mm après un mois. Au 3ème mois, le juvénile ne mesure qu’une 30aine de mm, mais est désormais hors de danger. Sauf accident notoire, il parviendra à une taille de 40 à 45 mm à un an, en fonction de son alimentation, des conditions de maintenance et de la concurrence alimentaire. Il lui faudra un an de plus pour arriver à la taille de 6-8 cm, où il commencera à être sexable et il atteindra sa maturité sexuelle.

Je vous propose ci-dessous quelques images supplémentaires, prises au fil des ponte

2ème jour, dans le pondoir

Dès le 15ème jour, on peut commencer à tenter de nourrir. Personnellement, j’utilise un mélange de larves de moustiques rouges écrasées avec des comprimés SERA Viformo. On peut également apporter des micros vers, même si le danger de goinfrerie existe réellement...

Le cap du premier mois passé, les juvéniles sont presque sortis d’affaires... alors, maintenant, à vous de jouer...

img Cette page écrite par ElTofi  pour AquAgora est sous un contrat Creative Commons.

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